Le hurrah d'Athies - Le récit du Commandant Weil de la nuit du 9 mars au 10 mars. - AthiesSousLaon.com

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Le hurrah d'Athies - Le récit du Commandant Weil de la nuit du 9 mars au 10 mars.

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Affaire de nuit d'Athies. Surprise et déroute de Marmont. — Quoique rendue plus dangereuse encore par ces fautes inconcevables, la position de Marmont n'avait pas été sans inspirer aux généraux prussiens certaines craintes au sujet de leurs communications, en raison même de la grande proximité d'Athies et de la route de Marle. Aussi, lorsqu'on vit le maréchal décidé à bivouaquer sur place, un des jeunes officiers de l'état-major de York, le capitaine Ferdinand von Schack, eut l'idée de proposer à son général de surprendre et de culbuter les Français par une attaque de nuit. [NDLA : Müffling, après avoir fait, dans l'après-midi, une reconnaissance qui lui permis de s'assurer de la faiblesse du corps de Marmont, avait à la vérité conseillé d'agir énergiquement contre le maréchal ; mais l'honneur d'avoir conçu l'idée du hurrah d'Athies, appartient en réalité à Schack et à York, et non pas à Müffling dont le conseil n'avait pas été suivi.]. York se rangea sans hésiter à cette idée et envoya aussitôt le comte de Brandenburg demander à Zieten s'il croyait, pour sa part, à la possibilité d'une pareille entreprise. « Je trouverai le moyen de charger avec ma cavalerie, » répondit Zieten. Sûr désormais du concours de Zieten et de celui de Kleist, auquel il avait fait part de l'entreprise projetée, il chargea le major comte de Brandenburg de se rendre au plus vite à Laon et de lui rapporter l'autorisation du feld-maréchal. A mi-chemin, le major rencontra l'un des aides de champ de Blücher, le général comte von der Goltz, qui apportait à York l'ordre d'attaquer l'ennemi. Réunissant ses chefs de corps dès que Goltz se fut éloigné, il leur donna de vive voix les instructions qu'il envoyait en même temps à Kleist [NDLA : D'après Droysen, Goltz aurait été invité par York à mettre, avant de retourner auprès du feld-maréchal, Sacken au courant de la résolution qui venait d'être prise et à le prier de servir de réserve au Ier corps, en occupant les positions que ce corps quitterait au moment où il se porterait sur Athies. Toujours d'après Droyzen, York aurait, quelques instants plus tard fait dire à Sacken par le lieutenant von Röder, que comptant sur la participation de son frère d'armes de la Katzbach, il ne laissait ni réserve ni soutien derrière lui. Sacken, se retouchant derrière les ordres qu'il avait reçus antérieurement et qui ne prévoyaient pas ce mouvement, refusa son concours.] . « Dès que l'obscurité sera complète, le prince de Guillaume de Prusse se portera droit sur Athies et le général de Horn prendra à droite du village. Ces troupes ployées en colonnes serrées par bataillon et marchant dans le plus grand silence, tomberont sur l'ennemi à la baïonnette sans tirer un coup de feu. La cavalerie de Zieten culbutera la cavalerie française, se jettera sur la droite et sur les derrière des Français et achèvera leur défaite. Le corps de Kleist, formant une seconde ligne, marchera à cheval sur la chaussée et cherchera à déborder le flanc gauche des Français. Mot d'ordre : Dieu ! Mot de ralliement : Frédéric !.
Il fallut un certain temps et pour rassembler les troupes sur la ligne : ferme du Sauvoir, ferme de Mamoise et rû des Barentons, et pour organiser les colonnes d'attaque. On n'avait, d'ailleurs, aucun intérêt à se presser et tout avantage à attendre de l'obscurité de la nuit et de la fatigue des Français épuisés par une longue marche suivie d'un combat et endormis pour la plupart près de leurs feux de bivouac. Les dernières lueurs de l'incendie d'Athies éclaireront et guideront seules la marche silencieuse des Prussiens. A Athies même, tout est tranquille ; la brigade Lucotte s'y repose en toute sécurité. Vers six heures, tous les préparatifs sont terminés dans les lignes prussiennes, depuis la ferme du Sauvoir jusqu'à l'étang de Samoussy, et, à 6 heures 1/2, toutes les colonnes reçoivent l'ordre de commencer leur mouvement. En tête de la division du prince de Guillaume de Prusse viennent les quatre bataillons de la 8e brigade, sous les ordres du colonel von Borke, suivis de près par les quatre bataillons du colonel von Warburg (2e brigade). La cavalerie de Katzler s'avance à leur gauche et se relie à celle de Zieten. L'artillerie et York marchent avec la division du prince Guillaume, Pirch débouche du Chauffour, suivi par le général von Klüx. A l'extrême droite, le lieutenant-colonel von Lettow avec les trois bataillons d'avant-garde du IIe corps, sort du bois du Sauvoir, soutenu par le colonel von Blücher à la tête des dragons de la Nouvelle-Marche et du 1er de hussard de Silésie, en colonne par escadrons des deux côtés de la route de Reims.
Les bataillons du colonel von Borke pénétrent la baïonnette croisée dans Athies, surprennent les jeunes soldats de Lucotte, endormis pour le plupart, engourdis par le froid, harassés de fatigue. Leur apparition a été si subite, leur marche si silencieuse, qu'ils ont réussi à se glisser jusqu'au coeur du village avant qu'on ait remarqué leur présence, avant qu'on ait pu donner l'alarme et courir aux armes. Tout ce qui est dans le village est pris ou massacré et les quelques hommes qui réussissent à s'échapper sont suivis de si près par les Prussiens qui débouchent du village sur leurs talons, qu'ils n'ont pas le temps de prévenir les troupes bivouaquées à la Butte-des-Vignes et plus en arrière, du danger qui les menace. C'est en vain aussi que quelques hommes ont essayé de résister en se jetant derrière les haies, derrière les murs, derrière les clôtures des jardins. Au silence de mort qui a régné jusque-là, succéde tout à coup un bruit effroyable suivi d'une première décharge que les postes français de la Butte-des-Vignes exécutent contre les bataillons du prince Guillaume. Aux hourrahs poussés par les soldats de Borke et de Warburg, répondent de tous cotés les tambours et les clairons de Horn et de Kleist, les trompettes des cavaliers de Katzler et de Zieten. On bat, on sonne la charge en tête, à droite et à gauche des Français. De toute part, les Prussiens remplissent l'air de leurs cris qu'ils interrompent de temps en temps pour exécuter le pied ferme quelques salves, après lesquelles ils reprennent leur mouvement en avant. Horn a débordé Athies par le sud et a enlevé la colline du moulin. Il est arrivé à la hauteur des batteries : « Voici les canons, dit-il a York. » « Je les vois. » — « M'autorisez-vous à les prendre ? » demande-t-il à son général en chef. « Allez-y, à la garce de dieu ! » répond York. Et l'on se précipite sur les pièces, on assomme les canonniers avant qu'ils aient pu faire feu. Les Français essaient en vain de sauver quelques pièces en les tirant à la prolonge ; quelques mètres plus loin, elles culbutent, encombrent la route ou tombent dans les fossés. Les troupes de Kleist, électrisées par les hourrahs poussés par leurs camarades du Ier corps, ont accéléré leur marche et débouchent à leur tour sur la gauche des Français. Katzier, avec les hussards de Brandebourg et le 2e régiment de hussards du corps, a contourné vivement Athies par le nord, bousculé les vedettes françaises, culbuté et dispersé un régiment de chasseurs à cheval qu'il a surpris pied à terre, fait subir le même sort à des cuirassiers, qui, quoique remontés à cheval, n'ont eu le temps ni de se former ni de se reconnaître avant d'être sabrés.
Zieten a, de son coté, franchi le ruisseau des Barentons. Il n'a laissé en réserve pour protéger son artillerie que les cuirassiers de Brandebourg, s'est formé sur deux lignes et pousse maintenant sur la droite de Marmont vers la route de Reims. Le général von Jürgass conduit sa première ligne (dragons de Lithuanie et uhlans de Brandebourg). Henckel est en deuxième ligne avec les dragons de la Prusse occidentale et le régiment de cavalerie de lanwehr de Silésie. Les cavaliers français de Bordesoulle fuient en désordre devant les dragons de Lithuanie ; sabrés par les escadrons de Jürgass, ils se jettent pêle-mêle avec eux sur l'infanterie française, qui roule en masse confuse sur la chaussée, et s'engouffrent toujours pressés par les cavalier de Jürgass, dans ce troupeau d'hommes qui essaie vainement de se reformer et de s'ecouler par la route. « De la précipitation de cette retraite vint le désordre, et du désordre la confusion. De là une retraite sans ordres donnés et une espèce de fuite pour l'artillerie. » Tels sont les termes mêmes que Marmont emploiera quelques heures plus tard dans son rapport à l'Empereur, daté de Corbeny, le 10 mars, à 2 heures du matin.
L'infanterie prussienne s'avance sans s'arrêter. Les uhlans de Silésie viennent renforcer les deux régiments de Jürgass. La cavalerie du deuxième corps, amenée par le général von Röder, rejoint celle du Ier corps ; celle du colonel Blücher continue à agir contre la gauche des Français. Les quelques tentatives faites par leur infanterie et leur cavalerie pour ralentir la poursuite ont échoué. Prises de flanc et à revers par la cavalerie prussienne, pressées de front par l'infanterie, les troupes de Marmont n'essaient même pas de résister ; elles se dispersent et s'enfuient à la débandade dans la direction de Festieux. La déroute ne se serait pas arrêtée là si, par bonheur, le colonel Fabvier, revenant avec son détachement de la mission dont l'avait chargée le maréchal et dont il n'avait pu s'acquitter, n'avait hâté sa marche au bruit de la déroute, n'avait occupé Veslud avec ses 400 chevaux et 4 bouches à feu et ne s'était résolument jeté sur les troupes de Kleist au moment où elles cherchaient à interdire le passage aux débris du corps de Marmont.
Grâce à cette diversion qui dégage un moment la route de Reims, le maréchal parvient à atteindre Festieux, à remettre un semblant d'ordre dans ses troupes et à faire filer sur la chaussée son infanterie flanquée par ce qui lui restait de cavalerie. Malgrè l'intervention si opportune et presque inespérée du colonel Fabvier, Marmont n'eût peut-être pas réussi à se frayer un passage, si une centaine de soldat de la vieille garde, se rendant à l'armée et cantonnés ce soir-là à Festieux, n'avaient pris précipitamment les armes. Se portant à l'entrée du défilé de Festieux, ces vieux soldats avaient tenu bon, repoussé les attaques de la cavalerie prussienne, qui cherchait à prévenir Marmont sur ce point, et permis au maréchal de traverser le défilé et de gagner Corbeny.
Le gros de l'infanterie de Kleist, parti des environs de la ferme du Sauvoir, après avoir traversé le bois de Lavergny, s'était arrêté à environ deux kilomètres de Festieux ; les trois bataillons du lieutenant-colonel von Lettow poussèrent seuls jusqu'à Festieux avec la cavalerie de Zieten et de Blücher. Après un combat assez vif, ils finirent par en débusquer la poignée d'hommes auxquels Marmont dut son salut, mais ne dépassèrent pas ce point. La cavalerie seule continua la poursuite jusqu'à une heure du matin dans la direction de Corbeny ; mais elle n'alla pas au delà de la Maison-Rouge. Quelques Cosaques poussèrent, il est vrai, jusque vers Corbeny, pendant que Benkendorf allait se poster avec sa cavalerie légère à Craonne. La cavalerie légère de Sacken était venue s'établir au Chauffour et celle de Langeron avait poussé sur Bruyères.
L'affaire d'Athies, facilitée, il est vrai, par l'inexpérience des jeunes soldats de Marmont et par l'absence de toute mesure de précaution, constitue néanmoins un fait d'arme glorieux pour les corps qui, en exécutant ce coup de main, ont fait preuve d'une discipline remarquable, d'un calme et d'un ordre qui ne diminuèrent en rien l'impétuosité de leur attaque. L'aile droite française n'existait plus. « Nous n'avons encore pu ce soir mettre de l'ordre dans les corps qui sont confondus et hors d'état de faire aucun mouvement et de rendre aucun service, et, comme il y a bon nombre d'individus qui se sont portés à Berry-au-Bac, je me vois forcé de m'y rendre pour remettre tout dans un état convenable, » écrivait Marmont à l'Empereur, en terminant la lettre qu'il faisait partir de Corbeny, à 2 heures du matin.
Ce brillant coup de main qui avait fait perdre à Marmont plus de 3 000 hommes
[NDLR : sur 9 000] et presque toute son artillerie, n'avait pas coûté cher aux Prussiens. Le Ier avait perdu dans toute la journée : 7 officiers, 159 hommes et 34 chevaux ; le IIe, 26 officiers et 526 hommes.[NDLA : Les pertes du IIe corps ne s'élevèrent pas à ce chiffre qui est en réalité la récapitulation des perte subies par les troupes de Kleist du 29 février au 9 Mars] Les dragons de la Nouvelle-Marche s'étaient emparés de 12 canons, le 1er hussards de Silésie en avait pris 6. Le 2e hussard du roi, avec les hussards de Brandebourg, avait enlevé une batterie qui n'avait même pas eu le temps de faire feu ; les dragons de Lithuanie et les uhlans de Silésie avec les cavaliers de Röder avaient de leur coté ramené une vingtaine de canons et d'obusiers. La brigade de Henckel, restée en réserve près d'Athies, n'avait pas donné.
Sans vouloir en aucune façon diminuer l'importance du Hurrah d'Athies et tout en rendant pleinement justice à l'énergie, à l'habileté, à l'intelligence des généraux chargés de son exécution, on peut cependant faire remarquer que ce brillant coup de main ne produisit pas tout l'effet qu'on était en droit d'attendre. Cette affaire de nuit eût, en effet, pu devenir fatale à Marmont et entraîner la perte complète de son corps si, aussitôt après l'enlèvement d'Athies par la division du prince Guillaume, York eût fait filer sur Festieux la brigade de cavalerie de Henckel, qui resta inutilement en réserve et qui, à la condition d'être soutenue par les troupes de Horn ou par une brigade d'infanterie du IIe corps, eût pu aisément prendre position à l'entrée du défilé et en interdire le passage aux Français, dont la situation eût été alors d'autant plus critique et plus désespérée que Benkendorf poussa, comme nous l'avons dit, jusqu'à Corbeny et que Korff, avec la cavalerie russe de Langeron, arriva dans la soirée à hauteur de Bruyères.
York avait eu le soin de tenir le feld-maréchal au courant des progrès de ses troupes. Vers 9 heures du soir, aussitôt après la prise d'Athies et de la Butte-des-Vignes, le major comte von Brandenbourg s'était rendu au quartier général. Le feld-maréchal soupait à ce moment avec Gneisenau, Müffling et quelques officiers de son état-major ; ces premières nouvelles l'avaient déjà rempli de joie et, en renvoyant Brandenbourg, il l'avait chargé de dire à York de tout disposer pour marcher dès l'aube sur Festieux. Environ une heure plus tard, le capitaine von Röder arrivait à son tour pour annoncer que tout allait bien. Blücher venait de se coucher ; une petite lampe éclairait faiblement sa chambre. Tout malade qu'il était, le vieux feld-maréchal ne put contenir sa joie : « Par dieu ! s'écria-t-il, vous autre du corps de York, vous êtes de braves et solides gaillards. Le ciel s'effondrera le jour où l'on ne pourra plus compter sur vous. » Enfin, à 11 heures, le capitaine von Lützow avait apporté la nouvelle de la réussite complète et définitive du coup de main. Il rapportait un peu plus tard de Laon, avec les ordres pour la journée du 10, la lettre suivante adressée par le feld-maréchal au commandant du Ier corps : « Votre Excellence a de nouveau donné la preuve de ce que peut faire la prudence unie à la décision, je vous félicite de votre brillant succès et ne peux, dans la disposition ci-jointe, qu'achever ce que Votre Excellence a si bien commencé.»

[...]

Commandant Maurice-Henri WEIL (La campagne de 1814, d'après les documents des archives impériales et royales de la guerre de Vienne. Troisième tome : La cavalerie des armées alliées pendant la campagne 1814. – Ed. L.Baudoin, 1893)


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