Le hurrah d'Athies - Le récit du Commandant Weil de la percée de Marmont le 9 mars. - AthiesSousLaon.com

Mise à jour le

Athies-sous-Laon :

Nombre d'habitants : 2307 (2007)
Maire : Yves Brun

Mairie :

Place du 11 Novembre
02840 Athies-sous-Laon
Tél : 03.23.24.52.38
Fax. 03.23.24.58.54
Email : marie.athies02@wanadoo.fr

Aller au contenu

Menu principal :

Le hurrah d'Athies - Le récit du Commandant Weil de la percée de Marmont le 9 mars.

Notre village > Histoire

Page 4 de 5

[...]

Marche de Marmont — Premiers engagements à l'aile gauche de Blücher — Sur son aile gauche, du côté où Blücher attendait l'effort principal, tout avait été relativement tranquille pendant une bonne partie de la journée du 9. Parti de grand matin à Corbeny, Marmont, dont la colonne s'éclairait par trois régiments de cavalerie, n'avait pas osé s'engager dans la plaine et déboucher de Festieux avant la disparition complète du brouillard.
Craignant de s'aventurer dans ces vastes plaines, au milieu d'une obscurité complète, de tomber, sans s'en douter, au milieu de forces supérieures, le duc de Raguse dont le parc venait d'être mis en désordre entre Berry-au-Bac et Corbeny par les cosaques qui rôdaient sur ses derrières, avait fait halte entre 8 et 9 heures du matin aux environs de La Maison-Rouge, dès que ses éclaireurs lui eurent fait connaître la présence de quelques troupes de cavalerie prussienne sur ce point. Le major von Dossow, posté de ce côté avec deux escadrons de dragons de la Nouvelle-Marche, parvint pour cette raison à conserver pendant quelques heures sa position et à rester en contact avec la pointe de la colonne française qui profita de cette longue halte pour diminuer ses intervalles de marche et serrer sur sa tête. A 11 heures du matin, les dragons prussiens se replièrent de La Maison-Rouge sur Festieux, et le colonel de Blücher, qui avait pu reconnaître pendant une éclaicie la force des Français, ne tarda pas, après avoir rendu compte des événements, à évacuer Festieux pour se rapprocher lentement et en bon ordre des hussards de Brandebourg et du 2e de corps (hussards noirs), que le général von Katzler avait déployés au sud d'Eppes, face à Veslud.
A peu près au même moment, les 9e et 10e brigades (IIe corps), placées sous les ordres du prince Auguste de Prusse, recevaient l'ordre de quitter leur bivouac de Laon, de laisser Athies à leur gauche et un peu en avant de leur front, d'appuyer leur droite à la chaussée de Reims et de se former sur deux lignes, la 9e brigade devant la 10e.
Vers 1 heure, l'horizon s'étant découvert, l'avant-garde française reprit son mouvement et se déploya. La cavalerie de Bordesoulle se préparait à quitter la chaussée pour se diriger vers la gauche de la cavalerie prussienne, tandis que Katzler et Blücher se retiraient dans la direction d'Athies jusqu'à hauteur de La Butte-des-Vignes et qu'une batterie prussienne amenée sur ce point ouvrait le feu contre les colonnes françaises. York, ne voulant pas livrer dans Athies même un combat acharné, avait placé à 500 mètres à peine en avant de ce village le major von Stockhausen, auquel il avait prescrit de se replier devant une attaque supérieure en nombre, après avoir mis le feu au village, et de borner sa résistance à la défense des dernières maisons s'élevant sur le chemin de Chambry. Il avait profité de l'arrêt des colonnes françaises pour faire venir sa cavalerie de réserve (général von Jürgass) de la position qu'elle occupait depuis le matin à la gauche de l'infanterie du général von Horn et celle du IIe corps (général major von Röder) sur le plateau au nord d'Athies. Cette cavalerie placée sous les ordres du général von Zieten et chargée de couvrir la gauche de l'armée de Silésie contre un mouvement débordant des Français, devait s'y déployer sur deux lignes, sa gauche à la lisière de la forêt de Samoussy, et dissimuler sa présence derrière un pli de terrain, la cavalerie du Ier corps à l'aile gauche, celle du IIe à l'aile droite ; les uhlans de Brandebourg étaient spécialement chargés de la flanquer et les hussards de Mecklembourg, appartenant à la division du prince Guillaune, envoyés en avant du château de Malaise, avaient pour mission de relier la cavalerie avec la gauche du Ier corps.
A deux heures, Zieten avait achevé sa formation et fait prendre position à trois batteries à cheval. La cavalerie française s'était jetée à droite au débouché de Veslud et avait cherché à déborder la gauche des corps prussiens ; mais elle ne tarda pas à s'arrêter à peu de distance du ruisseau qui, sortant de la forêt de Samoussy, traverse la plaine et court dans la direction de Chambry.
Vers 3 heures et demie, l'infanterie française, continuant sa marche vers Athies, quittait la route pour prendre à droite vers la ferme Mouillée ; son artillerie, soutenue par deux régiments de cavalerie, filant en partie par la chaussée de Reims, en partie par l'ancienne voie romaine, venait contrebattre d'un côté la batterie de la Butte-des-Vignes, de l'autre celle du Chauffour, et préparer l'attaque d'Athies confiée à la brigade Lucotte, de la division du duc de Padoue. Se conformant aux ordres qu'il avait reçus, le major von Stockhausen commença par refuser sa droite en abandonnant la Mouillée après en engagement de courte durée ; il retira ensuite l'artillerie en position à la Butte-des-Vignes et recula sur Athies que l'artillerie française canonna aussitôt du haut de la butte-des-Vignes, pendant que la brigade Lucotte suivait les fusiliers prussiens et les rejetait dans Athies. Il était alors près de 5 heures. L'artillerie française ripostait vigoureusement aux batteries prussiennes. Les cavaleries s'observaient et l'infanterie de Padoue s'ébranlait déjà pour enlever Athies. Le major von Stockhausen crut que le moment était venu d'exécuter les ordres d'York. Complétant l'oeuvre commencée par Marmont, il mit le feu au village
[NDLR : le capitaine Froidefont, en 1913, parle de 142 maisons en feu sur 144] ; puis, après avoir enlevé les blessés et les éclopés, il se retira avec ses deux bataillons sur la ferme du Pont qu'il se proposait de défendre pour arrêter les progrès des Français ; mais les troupes du duc de Padoue ne tardèrent pas à la lui enlever. Pendant que la brigade française s'emparait des ruines d'Athies et arrachait même aux Prussiens la ferme du Pont, les corps de Langeron et de Sacken étaient venus prendre position à l'ouest de la route de Marle, entre Vaux et Chambry. Trois batteries de réserve russes avaient passé sur la rive droite du ruisseau et s'étaient établies derrière le bois et le château de Chambry, prêtes à soutenir la droite des escadrons de Zieten. Benkendorf, avec deux régiments de cavalerie, escortait l'artillerie à cheval russe envoyée également à l'aile gauche.
Quoique Marmont eût entendu, pendant toute l'après-midi le canon de l'Empereur, quoiqu'il eût reçu les ordres les plus formels à cet égard, ce fut seulement vers 6 heures, au moment où le feu avait cessé à Clacy et à Ardon, aussi bien qu'à Athies, que le maréchal songea à se mettre, par Le Breuil et Bruyères, en communication avec l'Empereur et chargea son aide de camp, le colonel Fabvier, d'aller avec 400 chevaux rendre compte de la situation, soumettre des propositions et chercher des ordres. Le colonel, ne pouvant passer, revint, heureusement pour Marmont, immédiatement sur ses pas.
Le maréchal avait remarqué, dans le cours de l'après-midi, que le canon de l'Empereur ne bougeait pas ; il en avait conclu, il le dit lui même, « que c'était du bruit sans résultat et un simple échange de boulets ». Il avait eu, d'ailleurs, avant la tombée de la nuit, le temps d'apercevoir d'Athies les lignes des Prussiens et des Russes, et, comme l'Empereur, il avait jugé que la journée était trop avancée, ses forces trop insignifiantes pour essayer de pousser plus en avant dans la plaine et de continuer son mouvement offensif. L'obscurité était venue. Le feu avait cessé depuis quelque temps déjà sur toute la ligne. A Athies même, les tirailleurs avaient renoncé à un tir que l'obscurité rendait inutile, et les batteries de Zieten s'étaient tues dès qu'elles eurent atteint leur but, en obligeant la cavalerie de Bordesoulle à faire un changement de front pour chercher un couvert derrière le ruisseau et dès que le général prussien eut reconnu que les escadrons français semblaient renoncer à toute entreprise ultérieure.
Les résultats de la journée étaient absolument insignifiants, pour ne pas dire négatifs. Blücher avait à peine eu besoin d'engager le tiers de son monde pour conserver toutes ses positions. La prise de Clacy était un incident sans portée, amplement compensé, du reste, pour le feld-maréchal, par la conservation de point tels que Semilly et surtout Ardon qui lui permettaient, non seulement de tenir les Français à distance respectueuse de Laon, mais aussi de prévenir toute jonction entre leurs deux colonnes. Sur sa gauche, York n'avait jamais eu l'intention de défendre sérieusement Athies ; il ne voulait pas risquer un combat de rues, dans lequel le soldat français lui paraissait supérieur aux siens, pour s'assurer un village absolument en l'air, isolé au milieu d'une vaste plaine, accessible de flanc et à revers à sa cavalerie postée de façon à pouvoir, au premier signal, le déborder et le tourner. C'était à peine s'il s'était attendu en raison de l'heure avancée de la journée, à voir Marmont, dont il avait pu constater la faiblesse, s'avancer aussi en avant dans la plaine et faire choix d'une position aussi dangereuse pour y faire passer la nuit à ses troupes. Dans l'idée de York, qui avait vu le petit corps de Marmont s'établir parallèlement à la route, le maréchal avait uniquement voulu, par ses opérations de la journée, préparer le terrain de l'action du lendemain et s'assurer la possession d'un point qui lui permettrait de déboucher en force sur la route de Marle, afin de menacer les communications de l'armée de Silésie avec la Belgique. « Les manoeuvres de l'ennemi, dit-il dans son rapport, m'ont prouvé que ses forces ne sont pas supérieures à celles des deux corps prussiens. »

Position de Marmont le 9 au soir. — York pensait, pour cette raison, que Marmont ramènerait le gros de ses troupes en arrière vers Veslud et Festieux et se contenterait d'échelonner et de flanquer l'avant-garde qu'il laisserait à Athies. Le maréchal alla s'établir de sa personne au château d'Eppes; Bien que dans une de ses précédentes dépêches, il se fût plaint amèrement de l'inexpérience des jeunes soldats de Padoue et des canonniers de la marine, il crut néanmois possible de laisser sur les positions mêmes qu'ils occupaient à la fin de la journée, des conscrits qui avaient été au feu pour la première fois et des artilleurs qui n'avaient aucune notion du service en campagne. Ce que le maréchal appelle, dans son rapport au major-général, se disposer à prendre une position de nuit, avait consisté à poster la brigade Lucotte a Athies et le reste de la division du duc de Padoue sur la hauteur au sud du village, à arrêter le gros de son corps à cheval sur la chaussée en arrière de la Maison-Bleue ; à laisser la cavalerie renforcée de deux pièces à la ferme Mouillée et à établir l'artillerie sur la voie romaine. L'insouciance et la négligence étaient telles que ni le maréchal, ni les officiers de son état-major, ni les généraux, ni les chefs de corps ne songèrent à s'assurer par eux-mêmes de la façon dont se gardaient des troupes qu'ils savaient inexpérimentées, et que les canonniers, au lieu de mettre leurs pièces sur les avant-trains, purent sans qu'on s'en aperçut les laisser à la prolonge lorsqu'ils les rassemblèrent au parc.

.../...



< Préc - Suiv >

 
Retourner au contenu | Retourner au menu